Assis Immuables

présences éternelles

montagnes flottantes

SHIKANTAZA

seulement

s'assoir

Zazen c'est méditer, et méditer n'est autre que s'assoir, Shikantaza.

L'expérience méditative profonde, zazen, se passe amplement de principes et de requis religieux, dogmatique et, ou, exégétiques. Zazen est l'affaire de tous les êtres sensibles. Bien que le zen s'appuie sur l'enseignement du Bouddha Shalyamuni, faisant de son expérience et de son enseignement le coeur inspirant de la pratique, zazen n'est pas une pratique bouddhiste, ni la "voie des bouddhistes". Il n'est ni nécéssaire ni pré-requis d'être bouddhiste pour suivre, étudier et pratiquer la Voie du zen.

La natte de zazen accueille tous les êtres vivants, juifs, musulmans, chrétiens, bouddhistes, athées, religieux ou pas, pratiquants ou pas, car plus qu'une Voie religieuse et spirituelle, la Voie du Zen est la Voie de la Vie. L'expérience du vivant.

Cette Voie nous réconcilie avec nous et notre histoire, elle nous approfondit et nous élève et nous ouvre aux autres et au monde , d'un regard neuf et d'une vie enfin pleinement vécue et épanouie.

Aussi les grands maitres du passé résumaient notre pratique par "résoudre la grande affaire de la vie et de la mort", c'est à dire comprendre et pleinement manifester notre existence. Qui que nous soyons, d'où que nous venions, et quelles qu'elles soient nos histoires, nos croyances, nos doutes, nos certitudes et nos cultures.

Zazen se passe aussi d'une forme rigide et dogmatique ; trop nombreux sont les maitres qui enseignant un zen rigide, sclérosé, sec, résumé en un compendium postural qui de par sa complexité et sa non-indulgence, décourage, discrimine et éloigne ceux qui s'intéressent à la méditation à cause d'un esprit élitiste, arrogant et hélas trop dogmatique. Aussi pour aller au plus simple et au plus expéditif, nombreux maitres réduisent zazen à un but d'effort et d'endurance ; "Poussez la terre avec les genoux ! Poussez le ciel avec la tête ! Rentrez le menton, tenez le dos droit, ne bougez pas ! Allignez ceci, redressez cela......." Bref une discipline qui épuise, éprouve et avec le temps dessèche le coeur et l'esprit car, aucunement zazen n'est un exercice qui se réduit à lui même comme une sorte de protocole magique. Zazen n'est pas un talisman.

La cause de ce fâcheux constat est sans doute cette merveilleuse, autant merveilleuse qu'incomprise, notion qui résume le zen: Shikantaza, seulement s'assoir. En effet, ce "seulement s'assoir" est largement répandu comme un "seulement la posture de zazen". Cette erreur grossière et regrettable à répandu un zen de samouraï névrotique et limité, dépourvu du joie et de compassion.

Zazen n'est pas l'affaire d'une posture yogi qui ressemblerait à une performance physique ; il suffit de s'assoir dans un dojo où le zen est enseigné de cette manière, et ils sont nombreux hélas, pour ressentir très rapidement la sécheresse, la tristesse, la mortification qu'apporte cette forme d'enseignement de la méditation, qui plonge souvent les pratiquants dans une dépression spirituelle et psychique latente qui les emprisonne dans l'idée de "Ne pas être quelqu'un de bien", "Ne pas être assez bon pour cela", ou encore, "Ne pas y arriver"...et donc être en dépendance d'un maitre, d'une communauté, et d'un dogme.

Zazen, fort heureusement, est bien plus riche, plus vaste et plus merveilleux que cela.

La posture de zazen, la posture méditative est un outil, un moyen, mais aucunement un but qui se suffirait à lui-même et qui se résumerait en quelques consignes posturales qui, miraculeusement engendreraient notre éveil et notre bien aller.

Le zen aussi, cette Voie merveilleuse, n'est que outil, un moyen, une Voie parmi tant d'autres Voies spirituelles pour l'humanité!

S'assoir. Seulement s'assoir. C'est extrêmement simple en soi ; et incroyablement subtil, extrêmement complexe aussi.

Il est vrai que dans notre pratique nous commençons par assoir le corps ; c'est évident, puisque ce corps et le contact primaire et le plus direct avec l'expérience de nous même. Nous apprenons donc à nous assoir dans la posture des bouddhas, qui fut aussi celle des prophètes et maîtres des grandes traditions spirituelles de l'humanité.

On assoit d'abord le corps. Mais on l'assied sereinement, sans désir égotique de performance dans l'imitation d'une statue de Bouddha. On apprend à SEULEMENT S'ASSOIR, c'est à dire à abandonner notre corps et toutes nos affaires, nos attentes, nos inquiétudes et nos espoirs, nos recherches et nos désirs, nos idées et nos convictions, nos envies et nos quêtes. Seulement, on s'assoit.

Avec le temps et la pratique c'est l'esprit que nous asseyons. L'esprit s'assied lorsque le corps est posé. Avec le temps nous cessons de nous assoir, et c'est l'assise elle-même, zazen, qui va nous assoir et révéler notre visage originel, source de notre bonheur imperturbable, de notre sagesse intuitive, de notre paix profonde et de notre grande disponibilité à la vie.

Certes notre corps à une structure et un fonctionnement précis, si nous voulons donc que notre assise soit sereine et efficace il importe de commencer à bien nous assoir. 

On prépare donc un lieu destiné à cette pratique on y dépose une natte épaisse (zafuton) et un coussin (zafu) très épais.

Ci-dessous nous résumons le 6 grands principes de la posture méditative tels qu'enseignés par notre maitre zen Federico Dainin Jôkô Sensei.

 

 

S'assoir naturellement

On s'assied de manière stable et naturelle. Sur les deux premiers tiers du coussin et bien au centre de la natte, (qui peut être une simple couverture pliée en 4), pour suggérer au corps une cambrure naturelle ; la plante du pied droit vient épouser l'intérieur de la cuisse gauche et la plante du pied gauche vient épouser le genoux droit. Un trépieds se forme ainsi entre la zone du périnée ancrée sur le coussin et les deux genoux posés au sol.

Pendant de nombreuses séances méditatives on apprend à bien assoir le bas du corps car c'est le principe de notre stabilité posturale ; puis, avec le temps, cette stabilité de la posture influence et transforme notre stabilité émotionnelle, sensorielle et mentale.

Enracinés dans le sol, c'est dans notre vie, dans notre histoire et dans tout ce que nous sommes que nous nous enracinons.

Il n'est aucunement nécéssaire de s'évertuer à former le lotus* ou le démi-lotus*, sauf pour s'auto-flatter et se croire un grand yogi, mais là n'est pas la question. La posture du lotus pourrait venir avec le temps si la souplesse de votre corps le permet et, avec elle, assurer une posture encore plus stable et plus enracinée, mais nullement indispensable.

S'élever sereinement

Lorsque la base du corps est bien posée, on élève le haut du corps sereinement, droit mais sans raideur. 

De la cambrure des reins jusqu'aux dernières cervicales on redresse notre colonne vertébrale sans rigidifier le corps mais en demeurant sereins et relâchés.

Inspirant et expirant on empile et en étire mentalement chaque vertèbre, les une après les autres, les unes au dessus des autres ; prenant le temps, vertèbre après vertèbre, inspire après expire, comme si un fil invisible nous tendait entre le ciel et la terre.

Au fur et à mesure que le haut du corps se déploie et se dresse, vous sentirez, naturellement, le besoin de rentrer légèrement le menton, aligné avec le nombril, pour que vos cervicales soient elles aussi bien droites au lieu de se courber vers l'arrière. En effet lorsque nous regardons droit devant nous les vertèbres cervicales se courbent légèrement vers l'arrière ; pour qu'elles soient alignées,  il est nécéssaire de regarder à environ 45° vers le sol en rentrant sans forcer légèrement le menton.

La posture juste est humble, comme un regard pudique et réservé.

Elevés vers le ciel, nous nous ouvrons à tout ce qui peut advenir autour de nous à 360°, présents et disponibles.

Révéler le coeur palpitant

Ouvrir la main de la présence

Déployer la mansuétude

Disparaitre et devenir toute chose

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