Jukaï

Merveilleux Refuge

Entrer dans la Voie des Éveillés et de la sereine compassion, c'est plonger pour de bon dans la vie,

la vaste vie.

Recevoir les préceptes n'est autre que célébrer la vie, se réveiller du songe et, débordants de joie, acter et manifester notre visage originel. pour notre bien et pour le bien du monde.

En faire le voeu.

---- Federico Dainin Joko Sensei

 

Dans le refuge sans espace et sans temps des Bouddhas je m'abandonne.

Puissè-je devenir refuge éveillé pour tous les êtres.

Dans le refuge sans espace et sans temps des Dharmas je m'abandonne.

Puissè-je devenir refuge de sagesse pour tous les êtres.

Dans le refuge sans espace et sans temps des Sanghas je m'abandonne.

Puissè-je devenir refuge compatissant pour tous les êtres.

1. Autant que possible,

dans ce corps et cette vie,

protéger la Vie, vénérer le Vivant .

 

2. Vivre généreusement,

ne rien s’approprier qui ne soit offert,

cultiver la sobriété.

 

3. Aimer et respecter ce corps et le corps de tout être

et y cultiver l’amour et la vérité,

la justice et le respect.

 

4. Cultiver « aigo » la parole d’amour,

transparente, édifiante et bienveillante.

 

5. Cultiver la conscience évéillé,

la présence maintenue ;

veiller à ne pas altérer l’esprit.

 

6. Oublier les fautes des êtres sensibles

et s’évertuer à mettre en valeur tout ce qui est bon en eux.

 

7. Demeurer humble,

protégeant l’esprit du débutant en toute chose ;

libérer et laisser briller

tout être qui rencontre mon chemin.

 

8. Transmettre généreusement

tous les enseignements de l’univers ;

tendre la main sans relache.

 

9. Cultiver la mansuétude et la paix du cœur,

que mes colères ne soient pas égotiques.

 

10. Manifester l’éveil,

cultiver la sagesse,

semer la compassion

et devenir refuge pour tous les êtres.

 

Tournant la lumière en moi,  

et de toute la bienveillance dont je suis capable,

je fais le voeu de m'évertuer au bien, pensant, parlant et faisant le bien.

Aimant sans détour mes fragilités et mes faiblesses, au delà de mes limites, secourant en moi l'égoïsme, l'avidité et la colère,

je fais le voeu de m'évertuer à ne pas engendrer de mal.

Inséparé et inséparables,

en moi dans chaque battement du coeur, inspirant et expirant en moi,

tous les êtres. Je fais le voeu de n'offrir que le bien,

de parfumer le monde par le bien, d'embellir le monde par le bien.

Ō-Jukai

Recevoir la Vie et le monde en héritage.

Joyeusement.

(extrait d'un Teisho (enseignement formel) de Federico Dainin Jôkô Sensei)

Retraite d'hiver et cérémonie des préceptes - octobre 2013 - Orléans

Transciption: Nyojo san

"Pourquoi recevoir les préceptes?

Pourquoi dans le bouddhisme zen cette cérémonie est si importante?

Tout d'abord, pour comprendre que rien n'est important.

Rien n'est important puisque tout est important.

Lorsque l'empereur Wu demanda au légendaire Bodhidharma quels étaient ses mérites, lui, grand Empereur Bouddhiste qui avait fait construire d'innombrables pagodes et ordonné des milliers de moines...

La réponse de Bodhidharma fut:

"Rien de Saint. Aucun mérite".

On ne prononce pas les préceptes pour devenir bouddhistes. C'est ridicule et illusoire; s'il suffisait de prononcer les préceptes pour être un bon bouddhiste ça ce saurait clairement. L'exemple et l'enseignement du Bouddha ne nous appellent pas à devenir bouddhistes, mais à devenir les bouddhas (êtres éveillés) que nous sommes depuis toujours.

On ne pratique pas le bouddhisme en réalité,

mais on se pratique soi même.

Nous ne recevons pas non plus les préceptes pour appartenir à une communauté ou pire encore à un maître. C'est absurde. Ça ne signifie pas non plus appartenir à un groupe ; la sangha (communauté de pratiquants) n'est pas un club, ni une association.

La communauté du dojo, ou du temple, n'est qu'un lieu où nous nous retrouvons pour pratiquer ensemble, étudier, partager et nous enrichir. Nous encourager aussi. Mais elle ne remplace en aucun cas nos liens ni la vie ordinaire qu'est la notre.

Certes nous choisissons un jour un dojo, et un maitre, par affinité.

Il arrive que de nombreuses personnes soient séduites par la pratique et l'enseignement du Zen et qu'elles souhaitent le pratiquer, suivre ce chemin pour inspirer, approfondir, libérer et déployer leur vie plus harmonieusement, plus épanouis. Ce qui nous lie est un lien de pratique spirituelle et ne se substitue à quoi que ce soit.

Recevoir JUKAI, les préceptes c'est tout d'abord plonger dans une pratique, celle vécue et enseignée par le Bouddha Shakyamuni s'exprimant par trois aspects fondamentaux:  la méditation, une éthique de vie altruiste et bienveillante et le développement de la sagesse du coeur et de l'esprit.

Recevoir JUKAI c'est exprimer le désir profond d'être au coeur du monde, sel et levure, miel et lumière, nourriture et sagesse, don et bienveillance. Exprimer solennellement le désir ardent de vivre en ce monde et de l'aider. L'aimer.

Recevoir JUKAI, c'est célébrer la bonté et la beauté que nous portons en nous, exprimer le voeu de manifester tout ce qui est bon en nous, et de nous affranchir de nos jugements et nos illusions, pour notre bien et pour le bien de tous les êtres.

Recevoir JUKAI c'est célébrer le Vivant. C'est exprimer l'envie d'aller mieux et que ce monde aille mieux. C'est déployer un engagement fort, l'engagement d'oeuvrer à notre bien-aller et au bien-aller du monde en cultivant la sagesse, l'écologie spirituelle , la bienveillance, la concentration, les moyens d'existence justes, la patience, l'amour, la générosité, l'enthousiasme, et la disponibilité.

Recevoir JUKAI c'est choisir une étique de vie avec foi. La foi en zazen et la foi en soi. Conscients que la Voie du Zen est une voie parmi tant d'autres mais que c'est celle-ci que nous choisissons de suivre et d'incarner avec simplicité et dévouement.

Recevoir JUKAI c'est devenir refuge. Devenir refuge pour soi et pour tous les êtres sans limites, dans l'esprit de sanshin (les trois coeurs du zen) L'Amour, La Joie et La Largesse. 

Recevoir JUKAI c'est exprimer la joie d'être vivants et de faire pleinement partie du Vivant, c'est pour cela que cette cérémonie est publique et se déroule au milieu des pratiquants et de vos proches.

Et puis au fond, on ne reçoit rien du tout. Nous ne faisons que célébrer joyeusement et solennellement tout ce qui nous pétrit depuis toujours au coeur de notre nature profonde: l'Amour, la Patience, la Générosité, la Présence, l'Enthousiasme, la Compassion qui nous habitent depuis bien avant la naissance de nos ancêtres.

Ce mot "recevoir" est tellement gênant.

En réalité on ne reçoit rien. Le maître zen ne donne rien, ne transmet rien, n'offre rien dont vous n'êtes pas déjà le réceptacle, et depuis toujours, depuis des temps immémoriaux.

Exprimer les préceptes c'est exprimer à la fois la reconnaissance et l'enthousiasme de vivre une vie accomplie et bienveillante.

Nous le célébrons au coeur de la communauté des pratiquants pour signifier que nous avons besoin d'aide pour nous tenir à cet idéal, et que cette aide fait de nous la part d'un Tout, ce Tout que nous sommes.

Le maitre zen n'est que le témoin de ce mystère. Témoin et passeur bienveillant.

Dans la communauté zen sans demeure de La Montagne Sans Sommet, tout comme dans l'ordre des montagnes et nuages, tout pratiquant peut recevoir Jukai. Qu'il le demande ou que l'enseignant le propose. Cette joie de célébrer notre vie éveillée est ouverte à tous, bouddhistes ou pas, pratiquants du dojo ou pas. 

 

Nous nous préparons à célébrer Jukai en 6 étapes:

1. Pendant une période de 3 à 6 mois nous étudions l'ensemble des préceptes en tenant un journal quotidien manuscrit de méditation. Tout au long de cette étude le maître zen est disponible pour accompagner par des dokusan (entretiens individuels) réguliers.

2. L'étude de 3 textes du Shobogenzo inhérents à la pratique le mois qui précède Jukai.

3. La couture du précieux kesa sur lequel le maitre calligraphie le nouveau nom bouddhique ainsi qu'un poème et qui sera remis lors de la cérémonie. Précieuse pratique de recueillement solitaire dans l'ermitage de notre maison.

4. L'engagement dans une action solidaire au coeur du monde.

5. La grande sesshin (retraite) de Jukai (6 jours) pendant laquelle les "prononçants" se mettent au service des autres et donnent un enseignement public à la communauté sur les textes étudiés pendant la préparation.

6. Au coeur de la sesshin et au coeur de la 3eme nuit a lieu la cérémonie de Jukai en trois étapes:

  • L'invitation et la reconnaissance des ancêtres au coucher du soleil

  • L'expression solennelle de Jukai et la remise du kesa (rakusu) ainsi que du Ketsumyaku (le document de transmission de maitre à pratiquant) au coeur de la nuit

  • Enfin la célébration de gratitude et de compassion aux lueurs de l'aurore

Les préceptes exprimés dans cette belle cérémonie sont en nombre de 16 et ils sont les mêmes que l'on célèbre Jukai en tant que laïque, une ordination monastique ou la transmission d'un maître zen.

  • Les 3 refuges : en Bouddha, dans le Dharma et dans la Sangha ; c'est à dire prendre refuge dans l'Éveil, la Sagesse et la Compassion. Mais surtout exprimer le voeu de DEVENIR REFUGE ÉVEILLÉ, SAGE ET COMPATISSANT pour tous les êtres.

  • Les 10 voeux qui expriment l'éthique de vie du zen.

  • Les 3 incommensurables préceptes qui actent l'enthousiasme de notre présence dévouée au coeur du monde.

Les hommes ont besoin de rites.

Cette cérémonie célèbre ce que nous sommes et à travers cela nous célébrons la nature de tous les êtres vivants déployant toute notre confiance en eux.

Jukai c'est se rencontrer soi même en vérité, et faire le choix de s'offrir au monde et de recevoir le monde, la Vie sans cesse. Joyeusement.

 

Mais au plus profond de moi, transmettre Jukai n'est autre qu'une histoire d'amour et d'amitié.

Vous avez tous aimé un jour un être ; aimé immensément je veux dire, un être qui vous a fait sentir vraiment vivants, un être qui vous a réconciliés avec vous-même, qui vous a imprégnés de bonté et de vie. Nous avons tous aimé un jour un être qui nous a inspiré et donné envie d'être vrais, bons, enthousiastes, sereins, disponibles et généreux. D'aller chercher et de cultiver le meilleur en nous.

Si vous avez aimé à ce point alors vous savez que de ces êtres que nous avons aimés ainsi, de ces êtres dont nous nous sommes su aimés infiniment, il nous reste ce qu'ils ont fait de nous et que plus ou moins consciemment nous désirons offrir et partager tout autour de nous.

Je suis, moi, un homme chanceux parce que j'ai vraiment été immensément depuis mon enfance. Mais ma pratique spirituelle aussi à été et est toujours pour moi une histoire d'amour. C'est cet amour là que je veux transmettre plus que tout. Cet amour que j'ai retrouvé en zazen, fidèle et serein, qui m'a réconcilié, ouvert, grandi, éprouvé, tenu, porté déployé pour mon bien et pour le bien du monde.

C'est comme cela que je vis Jukai à chaque cérémonie.

Je ne fais que maintenir vivante la flamme de la Vie avec amour.

La transmettre sans limites en la célébrant.

Cette flamme est pour moi zazen, et l'art de vie transmis par le Bouddha.

Le transmettre c'est le tenir vivant, c'est transmettre l'amour de soi et du monde en héritage.

Un peu comme si je chouchoutais à l'oreille des amis qui reçoivent Jukai :

"J'ai tant été aimé que je t'aime en retour pour que tu aimes infiniment. J'ai tant plongé dans la vie que je célèbre le Vivant avec toi pour que tu sois vivant pour le monde sans limites. J'ai plongé dans une paix plus grande que moi que je t'y emmène par la main pour que tu y goutes et désires la répandre sans confins.

Transmettre, passer la joie d'être vivant, la liesse d'aimer, la bonté à ce sentir bien et bienveillants. 

Transmettre le vivant. Le Célébrer et le transmettre.

Ce n'est pas une histoire de "religion" mais d'humanité.

Un jour on rencontre le chemin du zen, il nous libère il nous approfondit et nous ré-engendre. Alors on le célèbre et on le partage joyeusement.

C'est cela Jukai pour moi."

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