Dans la nuit de ce monde

brille la lumière de l'Éveil 

La communauté zen de La Montagne Sans Sommet est née de l'envie de transmettre ZAZEN au monde. C'est une chose très importante à souligner.

Transmettre zazen au monde signifie le transmettre sans distinction et sans chapelle ni exigences précises autres que celle d'une pratique sincère.

Transmettre au monde signifie transmettre à TOUS les êtres et non pas aux bouddhistes entre bouddhistes. Le ZEN , d'ailleurs, n'est absolument pas une "pratique bouddhiste", mais la pratique de la VIE, et bien que l'enseignement originel remonte au Bouddha Historique, cette pratique a été maintenue vaste, ouverte et vivante et aux formes les plus diverses et créatives par les lignées de maitres qui se sont succédés sans s'embourber dans les dogmes d'une religion que le Bouddha lui-même n'a jamais créée.

Transmettre au monde signifie transmettre à CE MONDE ici, aujourd'hui, là où nous nous trouvons et ce, non pas avec des codes ni la vision d'il y a 3000 ans, mais avec les codes et la vision actuels.

Aussi généreusement qu'il a été reçu, donner zazen sans compter et de toute l'énergie et l'enthousiasme dont nous sommes capables, ça c'est la pratqiue. Mais donner ne signifie pas enseigner dans le sens scolaire et magistral ; dans le zen enseigner signifie purement devenir exemple et faire de sa propre vie un enseignement pour tous les êtres.

Hélas, trop de maitres zen et leurs disciples pensent être une forme de pouvoir hiérarchique qui dispense un savoir bouddhique; mais il n'en est rien.

Construire des temples japonisants, employer à longueur de temps des mots japonais ou chinois ou de racine sanskrite, s'isoler en une vie monastique qui singe la tradition d'il y a quelques centaines d'années, se donner des airs de grands maitres, de moines ou de nones ascètes bloqués dans des stéréotypes d'autres temps passés n'as aucun sens et ce n'est pas nécéssaire pour l'avènement d'un bouddhisme occidental. 

Célébrer des rituels incompris, imiter des statues et des histoires d'antan, blablater des citations et un savoir acquis de lectures et d'assimilations formelles n'a rien à voir avec le zen. Trop souvent les temples et dojos qui s'ouvrent en Occident s'inventent une vie exotique, folklorique, qui singe grossièrement l'image d'antan... et, s'inventer une vie n'est pas du tout la pratique du zen.

La Montagne sans Sommet est une communauté ouverte, de passage et sans demeure. Federico Dainin Jôkô Sensei n'a jamais souhaité construire une grande communauté fermée sur elle même, ni de temple bouddhiste. Le souhait de Sensei est de porter le zen, la méditation et les arts des pratiques mahayana là où l'occasion se présente, partager cette merveilleuse pratique n'importe où et avec n'importe qui, comme l'on partage un trésor, sans aucune autre prétention hiérarchique, religieuse, formelle, structurelle ou dogmatique. Dans la vie de tous les jours. Ordinaire. 

Le zen est la pratique de la Vie, la vaste vie, et cette pratique ne peut se transmettre que par la pratique de la vie, ici aujourd'hui en Occident dans les villes où nous vivons, avec notre culture et notre histoire. Ce n'est que de cette manière que la pratique du zen pourra s'enraciner harmonieusement équilibrée et forte en la terre du soleil couchant.

Alors à quoi servent les communautés zen dans le monde? Les hommes se rassemblent par intérêts communs, par culture, par affinités. C'est ainsi. Il en va de même dans une voie spirituelle et philosophique comme le zen. Aussi la vocation de notre dojo est de pratiquer ensemble au coeur du monde. Pratiquer ensemble la Voie de l'éveil en réalisant l'expérience originelle du Bouddha, nous appuyant sur les précieux enseignements des nombreux Maitres, lumières de sagesse, et en actualisant dans nos vies d'aujourd'hui cette merveilleuse pratique qui n'est autre que la pleine, profonde et éveillée expérience de la vie.

Bien entendu l'amour de nos racines est ardent, la culture dans laquelle le bouddhisme, puis le zen sont nés est profondément extrême-orientale, et elle est d'ailleurs merveilleuse. Nous devons la recevoir et apprendre à mettre nos pas dans les pas des Anciens qui nous ont légué cette pratique de tout leur coeur et de toute leur vie. C'est pour cela que nous devons garder vivantes les formes essentielles de nos racines et toute leur énergie ; et c'est pour cela que nous chantons souvent dans la langue vibrante des Anciens, que nous répétons avec dévotions leurs rituels parvenus juqu'à nous, si riches et si profonds, et que nous nous nourrissons de cette ancienne incroyable culture-berceau. Mais si nous réduisions le zen à cela alors il n'y aurait qu'une métaphore, une pièce de théâtre d'un zen mort, vieux, stagnant.

A cet amour de nos racines doit s'adjoindre l'actualisation de cette merveilleuse pratique dans notre vie, ici et aujourd'hui. C'est pour cela que nous traduisons les textes, les chants, les enseignements anciens dans notre langue, ou que nous adaptons les rituels à notre compréhension et que nous en créons de nouveaux, et c'est pour cela que nous incarnons le zen dans tous les aspects de nos vies modernes. C'est pour cela que parfois les Sutras sont accompagné de guitares de violons de harpes, ou que nous faisons zazen dans les quartier sensibles en jean et baskets, ou que sans aucune étiquette nous oeuvrons au coeurs d'actions humanitaires, où nous actualisons un bouddhisme engagé dans la terre sociale de nos cités.

Cet équilibre est fragile et précieux, et il est nécéssaire ; vénérer nos anciennes racines et actualiser dans le présent la pratique, et c'est là tout le défi d'un enseignement sain, authentique et sincère.

Aussi notre communauté choisit de pratiquer au milieu des villes d'aujourd'hui et de s'adresser à ses habitants, veilleurs au coeur des cités des hommes. Parfois dans un contexte formel parfois dans un contexte absolument informel ; reliés au passé de nos racines et ouverts eu réel du présent.

Sans demeure...

Notre devoir n'est pas d'ériger de somptueux temples japonisants, mais de porter la pratique de zazen dans nos maisons, dans nos écoles, dans nos prisons et nos hôpitaux, dans la rue, auprès des jeunes et des anciens, incarnés dans l'ordinaire. Pour cela nous sommes des "sans demeure", nous nous efforçons de ne pas figer zazen, la méditation, et toute la philosophie de vie qui en découlent, en des dojos ou temples construits et gérés comme l'image d'un autre monde. Nous apportons zazen partout, et nous partageons cette pratique là où elle peut toucher les êtres sensibles et semer une graine d'éveil.

Notre devoir n'est pas de créer des groupes repliés sur eux mêmes et dépendants des bons vouloir et caprices d'une institution. Pour cela nous vivons dans nos maisons, nous travaillons dans nos villes, et nous agissons dans nos sociétés avec amour et simplicité, devenant aussi la levure dans la pâte du monde. Nos dojos ne sont pas des lieux de vie séparés du monde, mais un lieu de rencontre, pour pratiquer ensemble, partager, nous soutenir, faire l'expérience fraternelle et humaine, célébrer la vie et étudier la Voie au tour du maitre zen. Les dojos ne doivent jamais remplacer nos maisons et nos quotidiens, ni nos liens sociaux. La pratique spirituelle ne doit pas se substituer à la vie réelle, mais la porter, l'inspirer, l'illuminer.

Notre devoir est de respecter nos maitres qui ont transmis et transmettent encore la Voie enseignée par le Bouddha et sans cesse actualisée et transmise par les maitres zen, comme un précieux trésor pour l'humanité ; c'est ça notre foi. Mais suivre un maitre ce n'est pas l'aduler ni transférer sur lui des projections de filiations ou de dépendance et d'appartenance. On ne suit pas le maitre zen, on suit ce qu'il suit ; ensemble. Le maitre zen n'est pas un grand prêtre qui s'élève au dessus du peuple de pratiquants ; il n'est autre qu'un pratiquant qui pratique et qui de son mieux a reçu la mission de continuer à enseigner par sa vie, par l'exemple de sa vie, transmettant la moelle du zen et invitant tous les êtres à se retrouver et se réconcilier avec leur existence pour bâtir un bonheur inébranlable, celui de l'éveil manifesté.

Alors qui que tu sois, ta culture, ton histoire, ta religion, ta croyance, ton orientation sexuelle, ta profession, la couleur de ta peau, tes convictions, ton âge, rien de cela n'a d'importance. Laisse tout tomber.

Il y a une Voie où nous pouvons nous retrouver et nous réconcilier, nous approfondir et nous révéler, manifestant notre éveil profond et toute notre sagesse pour notre bien et pour le bien de tous les êtres. Cette Voie est zazen. Elle est merveilleuse mais elle n'est pas la seule. Assis immobile tu peux laisser ce que tu es au plus vrai de toi émerger, illuminer ta vie et ce monde. 

Il est un trésor enfui dans le coeur des hommes, mais les hommes l'ont oublié ; ici tu rencontreras un maitre descendant d'une ancienne famille, la famille du Bouddha Gautama, un maitre qui t'aidera à retrouver ton trésor , conduisant ta pratique jusqu'à comprendre que le vrai maitre n'est autre que toi.

Viens t'assoir, viens faire l'expérience du zen, viens et vois, et si cette Voie touche ton existence, elle sera alors ta Voie.

Mais, qui que tu sois, en venant ici tu ne viens suivre ni un culte, ni un atelier, ni tu n'appartiendras à un système ou une chapelle, ni il te sera demandé de changer ta vie. Qui que tu sois, en venant ici tu ne trouveras aucun remplacement à ta vie, ni de paradis, ni de promesses de bonheurs d'ailleurs.

En venant ici, sur la natte de l'éveil, tu ne trouveras que TOI. Et soudain tu découvriras que ce TOI est un éclat du TOUT car le TOUT, le monde, les êtres, les phénomènes, l'espace et le temps, n'est autre que TOI.

Nous pouvons partager cette Voie.

Il y a un coussin qui t'attend.

Ehi Passika.

 

Federico Dainin Jôkô Sensei

(extrait du "Livre de Vie" de la Fraternité de La Montagne Sans Sommet)

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